Chers frères et sœurs,

C’est avec beaucoup d’émotion que nous sommes rassemblés dans cette salle, devenue chapelle, pour célébrer la Messe à la veille de cette solennité de Notre Dame de l’Assomption, en l’honneur de sainte Jeanne d’Arc, et puis nous n’oublions pas bien sûr aussi de faire mémoire dans notre cœur de saint Maximilien-Marie Kolbe, parti précisément la veille de l’Assomption, le 14 août dans le camp d’Auschwitz.

Beaucoup d’émotion, qui n’est pas seulement une émotion sensible, il n’y a pas là beaucoup de déploiement spectaculaire qui a réjoui nos cœurs et nos yeux pendant toute cette journée au Puy du Fou, et dans une grande modestie, dans une grande simplicité, dans une grande humilité, le Seigneur choisit ce qu’il y a de petit pour confondre les grands ; ce qui est sans naissance pour confondre ceux qui se croient quelque chose, ce qui est faible pour confondre les forts, ce qui est sans instruction pour confondre ceux qui se disent sages selon le monde.

Vous avez bien compris que si vous êtes là, ce qui est un privilège, il faut entrer dans ces sentiments-là pour toucher le mystère que représente pour nous d’abord la sainte Eucharistie, le saint Sacrifice de la Messe, dans la simplicité du pain et du vin transsubstantiés dans le corps, le sang, l’âme, la divinité de Jésus, mais aussi à travers cet humble anneau de Jeanne d’Arc. Quelle émotion de l’avoir là au milieu de nous, à travers ce symbole, ce signe, ce sacramental.

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Mgr Marc Aillet portant l’anneau
de sainte Jeanne d’Arc

Pour moi, c’est une grande émotion aussi, parce que je suis Evêque de Bayonne comme vous le savez et je me suis rendu compte, au fur et à mesure de ces années que j’ai passées à Bayonne, qu’il y a un lien tout particulier entre Bayonne et Jeanne d’Arc. Je ne veux pas tirer la couverture à moi ! Mais vous savez sans doute que Bayonne est la dernière ville, si on excepte Calais, qui est revenue au Royaume de France seulement au XVIe siècle, la dernière ville qui a été reconquise aux Anglais et qui peut être en effet le terme de cette épopée de Jeanne d’Arc qui évidemment lui a survécu, 20 ans après sa mort sur le bûcher de Rouen.

Le 6 août 1451, l’armée du roi de France est aux portes de Bayonne et commence un siège qui sera pénible et long. L’armée est commandée en particulier par le comte de Dunois, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc dès la première heure.
Les Bayonnais sont anglais depuis trois siècles, depuis qu’Aliénor d’Aquitaine, par son alliance avec le roi d’Angleterre, a donné la ville de Bayonne et l’Aquitaine au roi d’Angleterre. Bordeaux est tombé entre les mains des Français en juin. Le 19 août, les Bayonnais se rendent à la France, l’armée du roi de France entre dans la ville.
Le 20 août au matin, le peuple est rassemblé pour faire allégeance au roi de France, c’est Charles VII toujours, bien sûr.

Et du côté de la porte d’Espagne, dans le Ciel, la foule voit apparaître une croix blanche. Et sur cette croix blanche, le Christ en croix. Et de la couronne d’épines surgissent trois fleurs de Lys.
Miracle de Bayonne, miracle de la croix blanche de Bayonne, attesté par une foule de témoins. Le comte de Dunois s’empresse le soir même de rapporter les faits prodigieux par lettre envoyée au roi de France.

Un chanoine de Bayonne, en 1928, dans une conférence célèbre dans la cathédrale de Bayonne huit ans après la canonisation de Jeanne d’Arc, dont nous commémorons le centenaire cette année ; et c’est un peu pour nous la Messe du centenaire car elle était privée de toutes ces festivités pendant ce temps précisément de confinement. Il dit : « c’est le couronnement de l’épopée de sainte Jeanne d’Arc, c’est la signature de Jeanne que ce miracle de la croix, quand on sait qu’elle ne savait ni lire ni écrire et qu’on l’a accompagnée, accompagné ses doigts pour signer Jeanne au bas des actes du procès ».
Mais quand on ne sait ni lire ni écrire, on signe d’une croix et c’est la signature de Jeanne qu’est la croix. Celle à laquelle elle a été toute configurée à travers le mystère de sa passion et de sa mort sur le bûcher, non sans avoir demandé qu’on lui apportât une croix de procession, et c’est en disant le nom de Jésus par trois fois qu’elle rendit son âme à Dieu, le 30 mai 1431.
Vous voyez, chers frères et sœurs, ce n’est pas la fin de l’épopée de Jeanne d’Arc. Sans doute d’un certain coté, oui, puisque c’est la dernière ville reconquise aux Anglais et sa mission de bouter les Anglais hors de France s’accomplit, avec surtout la restauration de la légitimité du roi de France.

Mais l’épopée de Jeanne d’Arc continue, elle continue encore aujourd’hui et je veux croire que le rapatriement, par les bons soins de la famille de Villiers, de l’anneau de Jeanne d’Arc en France, est un signe qui nous dit que c’est encore l’heure de Dieu qui se réalise. Car comme on l’a dit, comme on l’a entendu déjà ces jours, cet anneau, cette alliance !… est le symbole, est le signe qui vient du Ciel, qui nous est donné par le Ciel dans sa Providence, de cette Alliance de notre nation, la Fille aînée de l’Eglise, la France, avec la Sagesse Eternelle.
 
Et nous nous rappelons en effet de cette interpellation historique et prophétique du pape saint Jean-Paul II le 1er juin 1980 au Bourget, lors de sa première visite apostolique en France, lorsqu’il nous dit comme le ministre du Baptême à celui qui va être baptisé : « France, Fille Aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton Baptême ? Permettez-moi de répéter cette question, dit-il. France, Fille de l’Eglise et Educatrice des peuples, es-tu fidèle pour le bien de l’homme à l’Alliance avec la Sagesse Eternelle ? » Cet anneau en est le symbole.

Et je veux croire que nous vivons un moment historique, car cet anneau, après cette Messe en privé, dans cette pièce, ici, au Puy du Fou, où elle a été recueillie, et où elle est vénérée désormais, eh bien, il va partir pour Paris.

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La bannière des deux saints Cœurs Unis de Jésus et de Marie et l’anneau de sainte Jeanne d’Arc à l’honneur en la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Mgr Aupetit, Evêque de Paris, encense la chasse contenant l’anneau de sainte Jeanne d’Arc ce 15 août 2020 en la solennité de l’Assomption de Marie.

Et demain, à Montmartre, lorsque Monseigneur Aupetit, l’Archevêque de Paris, consacrera Paris aux Cœurs Unis de Jésus et de Marie et qu’il priera pour la France, qu’il la confiera particulièrement au Seigneur, l’anneau de Jeanne sera là, à côté de lui, comme ce signe, comme ce sceau définitif de l’Alliance de la France avec la Sagesse Eternelle, en une période où nous savons bien que notre pays s’enfonce dans la transgression des paroles de l’Alliance. Ce projet de loi bioéthique qui vient d’être adopté par l’Assemblée Nationale en seconde lecture est le signe de cette transgression, de cette infidélité, de cette iniquité par rapport à cette Alliance avec la Sagesse Eternelle.
Voilà pourquoi notre prière veut monter très haut jusqu’aux Cœurs unis de Jésus et de Marie par l’intercession de sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France avec sainte Thérèse de Lisieux, auprès de la Vierge Marie dont nous allons célébrer le triomphe de l’Assomption demain, patronne principale de notre pays. C’est un moment historique sans doute, et très humble, très modeste, très caché, qui n’a rien de spectaculaire, que nous vivons.

Nous voulons nous aussi répondre à cette interpellation du pape Jean-Paul II. Nous savons que la France renouera avec la Sagesse Eternelle dans la mesure où le nombre de ceux, petits, que nous voulons être, qui veulent dans leur vie grandir dans cette Alliance, vivre dans cette Alliance, se convertir à cette Alliance avec la Sagesse Eternelle, grandira.

Quand je pense au nombre de fidèles qui ont prié, accompagné ce pèlerinage du « M de Marie » qui passe en ce moment précisément à Paris, avant de se conclure le 12 septembre à Pellevoisin, eh bien ils ont prié humblement, marchant avec Elle, la vénérant, pour cette Alliance de la France avec la Sagesse Eternelle, pour le relèvement spirituel et donc aussi moral, social, politique de notre pays.
Le Seigneur, à travers Jeanne d’Arc et à travers bien d’autres événements providentiels, a montré combien il avait une prédilection pour notre nation, qui a une vocation, et qui a une mission, qui n’est pas abandonnée et qui n’est pas arrêtée, sous prétexte que nous sommes conduits vers la transgression de cette Alliance.
Mais Il ne tient qu’à nous de nous convertir ; c’est le combat spirituel qui nous est indiqué par celle qui a bataillé, mais qui savait que Dieu donnerait la victoire. Alors, bataillons nous aussi !
Pas seulement avec les armes des citoyens responsables ; mais d’abord avec les armes spirituelles, la parole prophétique que nous devons proclamer à temps et à contre-temps, qui, comme celle de Jésus, est capable de faire reculer les démons, de les chasser, et de faire reculer les ténèbres qui quelquefois s’appesantissent sur nos contemporains et sur nos concitoyens.
Vous voyez, Jeanne, c’est l’Alliance avec la Sagesse Eternelle, c’est-à-dire, la communion parfaite avec Celui qui est la Sagesse incarnée, c’est-à-dire le Christ Jésus lui-même.

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L’anneau de Jeanne d’Arc exposé dans sa chasse.


Toute sa vie est à l’imitation de Jésus. Elle a connu elle aussi sa vie cachée à Domrémy. À partir de 13 ans, elle a été bénéficiaire de ses voix qui l’ont préparée petit à petit ; elle a fait vœu de virginité ; elle allait à la Messe le plus souvent possible ; elle fréquentait le sacrement de pénitence et de réconciliation. Elle priait souvent à genoux devant le crucifix, précisément, la croix, à laquelle elle est toute ordonnée comme chacun de nous depuis le jour de notre baptême, qui est notre première consécration dans la mort et la résurrection de Jésus.
Puis, comme dit Benoit XVI dans une magnifique catéchèse que vous relirez sur sainte Jeanne d’Arc, elle accomplit sa mission en deux brèves années : une année d’action, la victoire d’Orléans, le sacre de Charles VII à Reims et une année de passion où il semble que toute sa mission soit vouée à l’échec. Elle ne verra pas la reconquête de la France au royaume de France, mais surtout au Roi du Ciel, car elle a bien conscience que le roi Charles VII est le lieutenant du Roi du Ciel. Elle n’est pas envoyée au nom de Charles VII, mais au nom du Roi du Ciel, et pourtant elle a prophétisé quelques semaines avant sa mort sur le bûcher, elle a prophétisé que Paris avant sept ans serait au Royaume de France et que dans quelques années toute la France reviendrait sous la couronne du Royaume de France. Cela s’est réalisé et cela peut encore se réaliser.

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Accueil à Notre Dame des Victoires à Paris de la chasse contenant l’anneau de sainte Jeanne d’Arc le samedi 15 août à 02h00 du matin.

Elle était toute configurée au Christ dans sa passion, dans l’échec de la passion et de l’offrande totale d’elle-même au terme d’un procès inique, dans sa mort sur la croix. C’est le chemin qui nous est indiqué à nous aussi, chers frères et sœurs ! Ne rêvons pas de victoires éclatantes, sociales et politiques ! Même s’il faut batailler et il y a eu une année en effet d’action et de succès.Mais rêvons d’être unis au Christ dans le mystère de sa passion et de sa mort sur la croix, c’est ce que nous devons demander à Jeanne d’Arc. Le Seigneur se cherche, pour le relèvement de la France, des âmes de prière et des âmes d’offrande, des âmes de sacrifice, des âmes d’expiation, c’est-à-dire qui s’unissent à l’unique expiation qui nous sauve, celle de Jésus dans son sacrifice offert sur la croix, rendu présent dans le Saint Sacrifice de la Messe.
C’est l’intention que nous pouvons porter aujourd’hui, c’est la décision que nous voulons prendre pour répondre « présent » à cette interpellation du pape saint Jean-Paul II, il y a exactement 40 ans.
« France, Fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » Chacun peut se dire que c’est à lui que cette interpellation est adressée. « France, fille de l’Eglise, Educatrice des peuples, es-tu fidèle pour le bien de l’homme à l’Alliance avec la Sagesse Eternelle ? »
Amen !