Île Madame : Tous heureux de porter la France et l’Eglise universelle malgré la tempête – Le soleil se dévoile dans un grand ciel clair.


Pour en savoir plus :

Reportage de KTO à l’été 2011


PRÊTRES DÉPORTÉS
SUR LES PONTONS DE ROCHEFORT
DURANT LA RÉVOLUTION FRANCAISE

Récit abrégé de leur martyre

« Si nous sommes les plus malheureux des hommes, nous sommes aussi les plus heureux des chrétiens ! »

Première étape

Lorsque la Révolution commence, le clergé de France ne lui est guère hostile mais, peu à peu, certains rêvent d’une Eglise Nationale dont les ministres seraient les fonctionnaires d’un Etat qui en fixerait les lois.

On commence par opérer la sécularisation des biens, puis celle des personnes en abolissant et interdisant les vœux religieux. Le 12 juillet 1790, on décrète la Constitution Civile du Clergé soumettant au pouvoir civil l’organisation de l’Eglise.

Un décret du 29 novembre 1791 déclare « suspects de révolte » les prêtres qui refusent de consentir à cette réforme et de prêter le serment constitutionnel. Les administrations départementales sont habilitées à les arrêter et les interner.

Un nouveau décret, signé le 26 août 1792, ordonne aux prêtres réfractaires de quitter la France dans les quinze jours sous peine de déportation en Guyane. En 1793, les décisions se multiplient : la motion Thuriot, votée le 14 février, accorde une prime de cent livres à qui dénoncera un prêtre.

Un mois après, le 18 mars, c’est le premier décret de mort contre les insermentés.
Tout au long de l’été, à la Convention, on discute des mesures à prendre. Finalement, le 25 janvier 1794, un arrêté est pris ordonnant que les prêtres réfractaires soient conduits de brigade en brigade jusqu’au port le plus proche : Bordeaux ou Rochefort. Ils y seront détenus jusqu’à ce que des bâtiments de commerce nécessaires à leur transfert aient été affrétés.
1494 prêtres furent dirigés sur Bordeaux, 829 sur Rochefort.



Deuxième étape

De mars à juillet 1794, par petits groupes, des prêtres et des religieux de toute la France, et plus spécialement de l’Est, du Centre et de l’Ouest, arrivent à Rochefort. Mais rien n’est prêt pour les recevoir. On les enferme dans les prisons rochefortaises, à l’ancienne poudrière Saint-Maurice, sur le « Bonhomme – Richard », vieux navire annexe de l’hôpital ou sur le « Borée ».

Deux bâtiments de commerce aménagés pour le trafic d’esclaves, le « Washington » et les « Deux – Associés », sont finalement armés pour le transport des déportés. Les premiers prisonniers montent à bord le 11 avril 1794.

L’accueil qu’ils y reçoivent, ne leur laisse aucune illusion : on les interroge, on les fouille, on les dépouille de leurs vêtements, on leur confisque tout ce qu’ils possèdent ne leur laissant qu’une culotte, trois chemises, un bonnet, quelques bas et mouchoirs.

Le jour, les déportés étaient parqués sur la moitié avant du pont. La nourriture servie était volontairement infecte, souvent avariée et en quantité insuffisante. La nuit était encore plus terrible à cause de l’entassement dans l’entrepont.

Toute prière était naturellement interdite. Si, par malheur, un des gardiens aperçoit un mouvement de lèvres, le coupable est aussitôt dénoncé et mis aux fers.

À la suite de diverses circonstances (mauvais temps, menaces anglaises), les bateaux restent en rade sur la Charente. La vie à bord est un véritable cauchemar. Les mauvaises conditions d’internement, le typhus qui sévit à Rochefort depuis le début de l’année, le scorbut, ne tardent pas à exercer des ravages.

Mai voit les premiers décès. En juin, la mortalité s’accroît. On prend certes quelques mesures en aménageant des hôpitaux flottants sur des chaloupes amarrées aux pontons. Mais les médecins militaires, inexpérimentés et redoutant la contagion, ne font que des semblants de visites et ne jettent qu’un coup d’œil distrait sur les malades.
Quelques prêtres se font infirmiers, adoucissant les souffrances de leurs confrères et les assistent spirituellement.

Malgré les fouilles répétées, des hosties ont pu être conservées. Quand il n’en restera plus, on donnera encore l’extrême onction grâce à une burette d’huile sainte qui échappera à toutes les recherches.
En juillet 1794, 100 prêtres succombent. Au début on jetait les corps à la mer, mais la marée les ramenait au rivage provoquant des réclamations de la population. On recherche alors un lieu de sépulture ; l’Île d’Aix est retenue. Les inhumations sont une corvée supplémentaire imposée aux plus valides des déportés. Parmi ceux-ci, beaucoup ne survivront pas à la tâche.


Troisième étape.

En août 1794, la mortalité ayant pris des proportions effrayantes, les capitaines reçoivent l’ordre de descendre les malades à terre. Un hôpital de campagne est installé à l’île Madame dont le nom vient d’être changé en île Citoyenne.
Le 15 août 1794, à l’annonce de leur prochain débarquement, les prisonniers, dans un élan de reconnaissance envers la Sainte Vierge, lui consacrent à la fois l’île et l’hôpital. Le débarquement s’effectue du 18 au 20 août 1794 dans des conditions on ne peut plus douloureuses.

Un rapport constate que sur 83 malades débarqués, 36 sont morts quelques heures après, « ce que l’on doit attribuer au manque de précautions prises au moment de l’opération. » Comparativement à l’enfer des pontons, l’île semblera aux prisonniers un véritable paradis : « Je crus renaître, écrira l’un des rescapés, lorsque approchant du rivage, j’aperçus la verdure, une haie, quelques arbres, (…) un papillon se montra, (…) je découvris plusieurs oiseaux, (…) je fus au comble de la joie »

Ce répit fut de courte durée. Dès le début octobre 1794, des rafales de vent emportent les tentes. Le 30, on ferme l’hôpital et les prêtres sont à nouveau enfermés dans les pontons.

Novembre et décembre furent rigoureux, la Charente prise dans les glaces. Peu à peu, cependant, le sort des prisonniers s’adoucit. Pressentant des changements politiques, les officiers cherchent à faire oublier leurs sévices et se montrent plus compatissants. Mais la nourriture reste précaire et la réclusion pénible. À la longue, on finit par s’émouvoir en haut lieu de cette détention prolongée, et l’abbé Grégoire intervient pour mettre un terme à cette persécution.

Maintes fois annoncé et reporté, le débarquement des déportés s’effectue fin janvier 1795. En deux journées de marche ils sont conduits de Tonnay-Charente à Saintes où ils sont reçus à bras ouverts par la population en attendant leur libération définitive.

Sur les 829 prêtres arrivés à Rochefort en mars – avril 1794, seuls 228, à peine le quart, ont survécu, 36 sont enterrés à Rochefort, 254 à l’île Madame, les autres dans les vases de l’île d’Aix et des forts qui gardent la Charente.


Quatrième étape

Nous nous souvenons des prêtres déportés sur les pontons de Rochefort parce que, au cœur même de leurs souffrances et de leur détresse, ils sont restés fidèles à leur vocation : prêtres de Jésus, ministres de son Eglise.

Source : http://pretres-deportes.rabany.eu/recit_abrege_de_leur_martyre.html


9 Résolutions


L’abbé Yves Blomme, dans le colloque sur « La déportation de l’An II », nous révèle de quelle manière les déportés réussirent à préserver, dans le secret, une authentique vie spirituelle :

« … Pourtant on aura encore manqué l’essentiel tant qu’on n’aura rien dit de l’esprit qui règne parmi la grande majorité des déportés. Beaucoup se font infirmiers pour soigner leurs confrères malades. La contagion les emportera d’ailleurs presque tous.

Face à l’interdiction absolue de toute prière, maints subterfuges permettront de conserver une authentique vie spirituelle. Un cahier de résolutions est même composé par plusieurs prêtres des « Deux-Associés ». On y découvre un étonnant esprit d’abandon à Dieu et l’engagement à pardonner les offenses. Il n’est pas douteux que seule la force de l’amour aura donné à ces malheureux le courage de survivre dans ce véritable enfer. Comme l’a dit un jour l’un d’entre eux, par une formule qui ne tarda pas à devenir leur commune devise :

« Si nous sommes les plus malheureux des hommes, nous sommes aussi les plus heureux des chrétiens ! »


En voici le texte intégral :


Résolutions rédigées par les Déportés détenus sur le navire « les Deux Associés »


I
Ils ne se livreront point à des inquiétudes inutiles sur leur délivrance ; mais ils s’efforceront de mettre à profit le temps de leur détention, en méditant sur leurs années passées, et formant de saintes résolutions pour l’avenir, afin de trouver, dans la captivité de leur corps, la liberté de leur âme. Ils regarderont aussi comme un défaut de résignation à la volonté de Dieu les moindres murmures, les plus légères impatiences, et surtout cette ardeur excessive à rechercher les nouvelles favorables, qui ne peuvent qu’introduire dans leur âme cet esprit de dissipation si contraire au recueillement continuel dans lequel ils doivent vivre, et à cette soumission sans bornes à la volonté de Dieu, qui doit leur ôter toute inquiétude sur l’avenir.

II
Si Dieu permet qu’ils recouvrent, en tout ou partie, cette liberté après laquelle soupire la nature, ils éviteront de se livrer à une joie immodérée, lorsqu’ils apprendront la nouvelle. En conservant une âme tranquille, ils montreront qu’ils ont supporté sans murmure la croix qui leur avait été imposée, et qu’ils se disposaient à la supporter plus longtemps encore, avec courage et en vrais chrétiens qui ne se laissent pas abattre par l’adversité.

III
S’il était question de leur rendre leurs effets, ils ne montreront aucune activité à les réclamer ; mais ils feront avec modestie et dans l’exacte vérité la déclaration qui pourrait leur être demandée ; ils recevront, sans se plaindre, ce qui leur sera donné : accoutumés, comme ils doivent l’être, à mépriser les biens de la terre et à se contenter de peu, à l’exemple des apôtres.

IV
Ils ne satisferont point les curieux qu’ils pourraient rencontrer sur leur route ; ils ne répondront point aux vaines questions qu’ils leur feraient sur leur état passé ; ils leur laisseront entrevoir qu’ils ont supporté leurs peines avec patience, sans les leur raconter en détail, et sans montrer aucun ressentiment contre ceux qui en ont été les auteurs et les instruments.

V
Ils se comporteront avec la plus grande modération et la plus exacte sobriété dans les auberges ; ils se garderont bien de faire la comparaison, surtout devant des étrangers des mets qu’on leur servira avec leur ancienne nourriture, et de paraître y mettre trop de jouissance ; l’empressement pour la bonne chère deviendrait un grand sujet de scandale pour les fidèles qui s’attendent à retrouver dans les ministres de Jésus-Christ les imitateurs de sa pénitence.

VI
Arrivés dans leur famille, ils ne montreront point trop d’empressement à raconter leurs peines ; n’en feront part qu’à leurs parents et amis, et encore avec beaucoup de prudence et de modération ; ils n’en parleront jamais en public et ne cèderont point aux instances qu’on pourrait leur faire à cet égard. Ils observeront chez eux et chez les autres une égale frugalité, ne recherchant pas les repas, et s’y comportant, lorsqu’ils croiront devoir accepter les invitations qui leur seront faites, avec autant de modestie que de sobriété.

VII
Ils se condamneront au silence le plus sévère et le plus absolu sur les défauts de leurs frères et les faiblesses dans lesquelles auraient pu les entraîner leur fâcheuse position, le mauvais état de leur santé et la longueur de leur peine ; ils conserveront la même charité à l’égard de tous ceux dont l’opinion religieuse serait différente de la leur ; ils éviteront tout sentiment d’aigreur ou d’animosité, se contentant de les plaindre intérieurement, et s’efforçant de les ramener à la voie de la vérité par leur douceur et leur modération.

VIII
Ils ne montreront aucun regret de la perte de leurs biens, aucun empressement à les recouvrer, aucun ressentiment contre ceux qui les possèdent ; mais ils recevront sans murmure les secours que la nation pourra leur accorder pour leur subsistance, toujours contents du simple nécessaire, tant pour les vêtements que pour la nourriture.

IX
Ils ne feront ensemble, dès à présent, qu’un cœur et qu’une âme, sans acception de personnes, et sans montrer d’éloignement pour aucun de leurs frères, sous quelque prétexte que ce soit. Ils ne se mêleront point de nouvelles politiques, se contentant de prier pour le bonheur de leur patrie et de se préparer eux-mêmes à une vie nouvelle, si Dieu permet qu’ils retournent dans leurs foyers, et à y devenir un sujet d’édification et des modèles de vertu pour les peuples, par leur éloignement du monde, leur application à la prière et leur amour pour le recueillement et la piété.
Enfin, ils liront de temps en temps ces Résolutions pour s’en pénétrer, et s’affermir dans la pratique des sentiments qui les ont dictées.

Source : http://pretres-deportes.rabany.eu/9_resolutions.html